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L’Usine vivante, un tiers-lieux qui se construit par le "faire-ensemble"

Les expériences menées hors du champs agricole sur le "faire ensemble", la création d’activité ou encore le (re)dimensionnement des outils de travail, vont nourrir la construction des accompagnements thématiques prévus dans la MCDR UsageR·E·s.

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L’Usine vivante, tiers-lieu créé en 2015, tire son nom de la friche industrielle située à Crest (26) sur laquelle il est installé. Cet espace associatif accueille différentes activités et une cinquantaine de personnes y travaillent (graphistes, associations, potière, torréfacteur…).

Comme l’explique son site internet, ce lieu a notamment pour objectif de contribuer au développement social, culturel et économique du territoire grâce à la mutualisation d’outils et de compétences ou au partage et à la transmission des savoirs et savoir-faire.

Le projet est né fin 2014 lorsqu’un groupe d’habitants en recherche d’espaces de stockage identifie une ancienne fabrique de pièces automobiles et aéronautiques de 2000m2 promise à la démolition à Crest. « On a réalisé pendant six mois une étude et on a vu que potentiellement, il y avait 85 emplois transférables, des artisans, travailleurs indépendants et associations », explique Céline Ferry Parmentier, co-présidente de l’Usine vivante et consultante en circuits-courts, présente lors de la formation Communs de la MCDR UsageR·E·s à Valence, fin décembre.

Alors que le propriétaire cherchait à vendre, l’association obtient un bail. «  Il n’est pas militant mais il aime son usine plus que tout et cela lui déchirait le cœur qu’il n’y ait plus personne et que l’on rase tout, ajoute Céline. Il a décidé de nous faire confiance et il reste présent, nous force aussi à être exigeants sur notre réflexion économique. On finit toujours par le dialogue à se comprendre même si nous ne venons pas des mêmes mondes. Les anciens ouvriers et les habitants sont vraiment contents qu’il y ait cette nouvelle activité sur le territoire. »

Questions de dimensionnement
Le projet a débuté en tâtonnant, en commençant petit et grâce à l’implication des bénévoles. Céline poursuit : « On a commencé par occuper les bureaux administratifs. Ce n’était pas le projet de départ mais on n’avait pas d’argent pour faire des travaux sur le reste du bâtiment. On pensait louer le cœur de l’usine à des artisans mais finalement on a acheté une autre partie pour réaliser un bistrot. Ce qui permet d’avancer vite, c’est que l’on ne dépend pas des collectivités. On n’a pas de compte à rendre, ni de hiérarchie  ».

Le fonctionnement en collectif
L’association est dirigée par un conseil d’administration de 12 personnes et différentes commissions. « Au départ, on était un groupe d’amis mais depuis on a atteint les 50 membres. Aujourd’hui, à l’Usine, il y a des gens que je ne connais pas. Pour accompagner ce changement, on a créé une commission sur la vie quotidienne. On se rends compte aussi que l’histoire et l’objectif initial du projet ne sont plus autant partagés par les nouveaux résidents. On fait des visites un mercredi par mois mais on va le faire plus souvent pour les bénévoles qui arrivent. Le fonctionnement à 50 est différent, c’est peut-être une limite à ne pas dépasser. »

Apprendre en faisant ensemble

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« On a évolué dans notre fonctionnement. Par exemple, on ne fait plus de conseils d’administration qui durent jusqu’à minuit où il y a les même qui prennent la parole. On se fait confiance et donc on peut se permettre de ne pas être là parfois, précise Céline. Pour elle, ce qui fait la richesse du lieu ce sont les synergies entre les usagers et l’ouverture au grand public. Par exemple entre Thomas, qui fait de la couture grande mesure et Stéphane, menuisier. Ils se sont associés pour réaliser des dômes géodésiques et la plaquette a été créée avec des graphistes et des photographes de l’Usine. « Chaque semaine un usager présente aussi son activité lors d’ateliers. On forme ses voisins sur ce qu’on sait faire. On apprend dans les ateliers, le fonctionnement collectif, les commissions…  »

Un modèle économique en construction
L’Usine a été créée sans financement public. Plusieurs personnes impliquées dans l’association ont apporté 1000 euros pour louer les bâtiments au propriétaire. Une campagne de financement participatif a ensuite permis de récolter 20 000 euros pour réaliser des travaux et louer des espaces à celles et ceux qui avaient besoin d’un bureau. Par la suite, des fonds Leader et une subvention du Département ont permis de recruter un salarié pour trois ans et de réaliser des travaux. Aujourd’hui, les revenus sont assurés par la location d’espaces et les cotisations. « On a créé des espaces communs mais sur lesquels il n’y a pas de loyer car c’était dans notre projet de départ, d’ouvrir le lieu sur le territoire. On veut aussi acheter une partie du bâtiment mais on ne sait pas sous quelle forme… Le modèle économique est encore en chantier ».